ET SI LA TERRE ÉTAIT PLATE ET RONDE.

Terre plate et ronde


Selon une nouvelle étude Ifop de 2017, plus de 9 % des Français croient « possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école ».

INTRODUCTION

La réponse la plus simple lorsque l’on lit ce genre de sondage serait de conclure que 9 % des Français n’utilisent pas la raison scientifique pour connaître la vérité des choses.

On pourrait en déduire ensuite qu’il faut faire plus d’informations, mieux éduquer la population, revoir les programmes scolaires, enseigner le fait scientifique.

Sur internet des personnes s’y emploient, ce sont les zététiciens. Ce sont des maîtres de la pensée logique, des gourous de la rationalité. J’utilise ces termes péjoratifs par humour car ils me sont sympathiques.

L’OBSCURITÉ DU SENS COMMUN ET LES LUMIÈRES DE LA RAISON

Si effectivement il n’y avait de vérité que scientifique, alors oui ceux qui ne reconnaîtraient pas cette vérité seraient des obscurantistes qu’on devrait éduquer ou combattre s’ils résistaient en conscience.

Mais n’y a-t-il pas là un refus de l’altérité, un refus de ce qui est différent de la part de la raison ? C’est ce que je vais tenter de montrer en reprenant cet exemple de la Terre plate.

L’EXPÉRIENCE D’UNE TERRE PLATE


Mettons de côté l’information qu’on vous a donnée, que la Terre est une boule. Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? Rien.

Attention par rien, je mets de côté quelques observations que vous pourriez faire avec un peu de savoir érudit. Du genre si l’on voyage le croissant de lune dans le ciel change d’angle, ce qui ne s’explique géométriquement que si la Terre est une sphère. Ça on le sait depuis l’Antiquité.

Par rien, je parle de l’expérience que vous faites par votre corps en promenade. A part les montagnes, le reste de la Terre semble plat. De sorte que votre expérience corporelle permanente vous renvoie à une Terre plate.

Mais ce n’est pas tout, si vous êtes amené à vous déplacer sur des distances plus ou moins grandes, vous avez intérêt à vous baser sur l’hypothèse d’une Terre plate. Ce sera beaucoup plus pratique et vous évitera de penser à chaque instant à l’impact de la courbure de la Terre sur vos déplacements.
Par contre en avion il vaut mieux se baser sur l’hypothèse d’une Terre sphérique, sinon les voyages à l’international risquent d’être compliqués.

L’EXPÉRIENCE D’UNE TERRE RONDE

Comme nous l’avons vu, l’expérience quotidienne de l’homme est celle d’une Terre plate. Pourtant le corps humain tel qu’il est constitué est le produit d’une Terre ronde. Chaque organe n’existe qu’en rapport avec ce fait, le corps humain ne serait pas constitué de la même manière si la Terre était plate.
Nous faisons donc l’expérience d’une Terre ronde mais sans y avoir accès de manière consciente.

L’INFORMATION D’UNE TERRE RONDE

Pour avoir accès à l’information d’une Terre ronde, nous avons besoin de faire des déductions scientifiques. Et désormais grâce aux applications permises par la science, nous avons des satellites qui tournent autour de notre astre. Grâce à eux et aux astronomes nous pouvons contempler des images et des vidéos de la boule sur laquelle nous vivons.
Après on peut toujours croire que toutes ces images et vidéos sont l’œuvre d’un complot mais je ne traiterai pas de ça ici.

INCORPORER LES INFORMATIONS EN LEUR DONNANT DU SENS.

Notre expérience personnelle est donc double. D’un côté nous faisons l’expérience d’une Terre ronde sans y avoir accès, de l’autre l’expérience consciente d’une Terre plate.

C’est là qu’interviennent les informations que nous recevons de l’extérieur, celles-ci vont confirmer l’une ou l’autre des expériences .
En effet si nous recevons par la science des informations comme quoi la terre est ronde, cela viendra en adéquation avec un savoir non conscient. Nous aurons alors accès à ce savoir que notre corps possédait sans pouvoir nous le transmettre.

Si nous recevons l’ information comme quoi la terre est plate, cela viendra en adéquation avec un savoir conscient, savoir expérimenté au quotidien.

On voit ainsi qu’un savoir rationnel ne peut pas résoudre définitivement un conflit présent au sein de notre expérience corporelle, celui-ci existera toujours et résistera plus ou moins à l’information rationnelle.
C’est pourquoi suivant les circonstances historiques il peut être possible qu’un fait scientifique connu ne trouve plus personne pour l’accepter.

Explication

Il est en effet clair que jusqu’à l’arrivée de la religion chrétienne en Occident, il était plus facile d’étudier les questions liées à l’astronomie. Enfin ceci est vite dit car cela dépend des époques.
En effet malgré les nombreuses connaissances des Babyloniens et des Égyptiens, il était très difficile de se poser des questions sur ce qu’ils observaient. Comme les cieux étaient le royaume des dieux, donc chasse gardée, le travail des astronomes consistait essentiellement à essayer d’y lire leur volonté.

Ce n’est pas pour rien si ce sont les Grecs qui ont eu la possibilité de réfléchir sur la place de la Terre dans l’univers, et sur sa forme. Puisque leurs divinités ne s’occupaient pas de la vie des hommes, ceux-ci pouvaient donc à loisir réfléchir et développer leurs connaissances du monde.

L’arrivée de l’ère chrétienne allait mettre un terme à tout cela, puisqu’il fallait que la Terre soit au centre de l’univers pour que ça fasse sens que Dieu ait décidé de s’y réincarner.

Cela ne dérangeait par contre pas l’Eglise que la Terre restât ronde car ce n’allait pas contre ses dogmes.


Différence entre information et connaissance par l’expérience
Avec cet exemple de la Terre plate, il s’agit d’essayer de comprendre la différence entre une information, comme il en existe des millions et une expérience corporelle.

Contrairement aux informations que nous pouvons recueillir presque à l’infini, les expériences que nous fournissent nos sens sont plus limitées. Mais loin d’être du « négatif » ces limitations nous permettent de donner du sens au monde. C’est parce que limité qu’un corps dans un environnement pose un regard sur le monde et qu’il est en retour construit par ce monde.
Il faut donc faire attention à ne pas trop être saturé d’informations car il y a un risque de ne plus y trouver du sens. On se trouve alors avec trop peu d’expérience corporelle.

Aussi la différence entre expérience et information est une différence de nature. Là où la connaissance par l’expérience fait immédiatement sens, les informations ne font sens que si elles sont acceptables par des cerveaux situés dans des corps, situés dans un environnement, situés dans une époque, situé dans une histoire.

Le sens commun n’est pas irrationnel

Le sens commun, c’est-à-dire la connaissance un peu bête de la personne qui dit « bah quoi la terre est plate non ? » n’est pas une bêtise. Et ce n’est pas parce qu’elle contredit un fait scientifique qu’il faut penser qu’on tombe ainsi dans un irrationnel total.

On est plutôt dans un non rationnel, c’est à dire un savoir non structuré de manière rationnelle. Un savoir qui a beaucoup à voir avec le fait que nous avons des corps. La science et les savoirs nobles issus des universités permettent la création de beaucoup de savoir. Mais ce savoir doit être au service d’hommes et de femmes. Ce sont eux qui donnent les limites à ce qu’ils sont capables d’accepter. Car après tout, c’est pour eux cette science et ces savoirs.

Ne pas vouloir reformater l’humain

Pour faire une métaphore informatique, il ne faut pas vouloir reformer l’humain. Ou pour filer la métaphore politique, il ne faut pas faire table rase du passé pour construire un homme nouveau rationnel. Ce serait la pire chose qui puisse arriver.

Au siècle dernier, des idéologies mortifères ont déjà voulu fabriquer un homme nouveau au nom de la raison.

Bien sûr cette raison n’était pas scientifique, mais eux aussi pensaient que la foule se trompe et qu’une avant garde bien éduquée est nécessaire pour faire le bien malgré eux.

Il ne s’agit pas aujourd’hui de dire que les scientifiques d’aujourd’hui sont égaux aux idéologues d’hier. Il est ici question de dire qu’il faut avoir un usage raisonnable de la raison. Pour éviter qu’un peu partout la parole des citoyens, du peuple, de la foule soit foulée aux pieds.

Bien sûr il est tout aussi important de ne pas en rester au savoir du type « bah la terre est plate non ? ». Mais il faut malgré tout savoir garder raison et ne pas rejeter tout discours non scientifique comme étant de la pure obscurité.
Car il est bien connu que le monde devenant de plus en plus complexe la population ne peut pas tout comprendre.
De là à en conclure que l’on peut se passer d’elle et confier les clefs des décisions à des spécialistes ou à des algorithmes, il n’y a qu’un pas assez facile à franchir par des gens cultivés, venant des meilleures familles et des plus belles écoles.

Au-delà de vouloir éduquer le peuple avec des savoirs qui ont aussi comme but de renforcer des structures de pouvoirs, comme dans l’exemple de l’Eglise – « Je te donne la connaissance donc accepte mon pouvoir « – Il est important d’écouter ce qui se dit en bas car en bas c’est nous, c’est la vie. Il n’y a pas de vérité qu’en haut, dans la tête et les sphères de décisions et de savoirs nobles ( à travers la raison et l’information ) , il y en a aussi dans le reste du corps via l’ expérience ( par extension dans le corps social tout entier).